LUX UMBRA
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LA PORTE DE SECOURS

Je suis en sécurité…. Je suis en sécurité…. Je suis en sécurité. Il me semble qu’en la répétant sans arret, cette phrase agira comme une formule qui éloignera enfin la Terreur. Je l’ai palpée tellement de fois, la terreur, que je peux vous assurer qu’elle est tout à fait vivante….comme une ennemie qui ne cesserait jamais de me poursuivre. Pourquoi ? Je n’en sais rien ! Peut être pour continuer à exister ? Peut être…Sans moi pour la sentir, pour l’absorber jusqu'à en avoir la nausée, que serait la terreur?? Seulement, avec moi pour nourrir son existence… (Et grassement !) Elle ne risque en aucun cas de changer de crémerie ! … J’ai pensé à la mort, et je n’ai pas de mots pour exprimer le bonheur que j’ai pu ressentir en pensant avoir trouvé enfin la porte de secours. Cela n’a duré que quelques secondes. La terreur accrochée telle une sangsue a mon cœur n’a pas apprecié. Elle a aspiré tout mon sang, je suis devenue livide, mon cœur vide s’est emballé et j’ai hurlé de terreur ! J’avais peur de la mort….
La terreur m’a trouvée un soir où voulant échapper aux mains moites de mon père, je me réfugiais sous mon lit. Il ne pouvait m’atteindre, je décidais de rester cachée toute la nuit. Je m’endormis…. et fut réveillée quelques temps après par des chatouillements au niveau de ma tete. Je mis la main dans mes cheveux et senti une grosse carapace pleine de pattes qui s’entortillaient dans mes boucles. Je frappais frénétiquement de mes petites mains ma tête mais les pattes dentelées de la bestiole étaient coincées dans mes cheveux. J’entendais le crissement de ses élytres qui me vrillaient les oreilles. Je crus devenir folle. Je sortis de sous mon lit et parti en courant et hurlant dans les bras de mon père pour qu’il m’enlève ce monstre. Il l’enleva. Un énorme cafard qui suintait ses entrailles s’agitait spasmodiquement…Je vomis ma terreur…. Et la ravalais lorsque les doigts moites de mon père m’eurent consolée. Je n’ai plus supporté les cafards depuis ce jour là, ni les mains moites…Je portais des gants et ne serraient les mains qu’avec ceux ci. ….J’appris plus tard en classe de biologie la vie palpitante des virus et autres microbes. C’était plus que je n’en pouvais supporter. De véritables cafards miniatures qui s’infiltraient dans mon corps à mon insu !!! Je décidais de porter un masque…jour et nuit. Mes parents et tous mes amis me trouvaient de plus en plus bizarre, mais c’était eux qui devenaient inquietants. Ils me regardaient avec les yeux de la terreur…je voyais bien qu’elle s’était infiltrée chez tous ceux qui me côtoyaient simplement pour mieux m’atteindre. Je décidais de m’enfermer à clef dans ma chambre et obligeais mon père à laisser devant celle ci de quoi me nourrir. Je me sentais de nouveau en securité, seule, sans cafards, ni mains moites, ni microbes, ni la terreur que je lisais au fond des yeux des autres. C’est au plus profond de la nuit que je l’ai sentie de nouveau…Elle m’enserra le cœur pour en extraire mon jus vital. Je me suis débattue, et j’ai hurlé en suppliant qu’on m’ouvre vite cette porte qui me tenait prisonnière . J’avais perdu la clef…. Je ne supportais plus d’être enfermée. J’ai ouvert la fenêtre. Fallait que je m’échappe, mais ne voulais pas sauter.j’avais peur de mourir, alors je me mis à hurler de toutes mes forces espérant que ce vacarme dissuade la Terreur et la fasse fuir loin ! Très loin de moi !
Ils enfoncèrent la porte de ma chambre, et se ruèrent sur moi, m’enroulant dans un drap blanc pour que je ne puisse plus bouger. -Ne vous inquiétez plus mademoiselle ! C’est pour votre bien, nous allons vous emmener dans un Hôpital et vous soigner. -Je ne suis pas malade !!! Je vais très bien ! Laissez-moi tranquille, c’est vous qui êtes possédés ! Vous ne sentez pas la terreur en vous ?? Vous la transpirez des yeux ! -Calmez-vous ! Ça va aller. La terreur était là, ricannant de ma peur et de mes dérisoires efforts pour la fuir. Je vis de nouveau pointer une porte de secours. Celle ci n’était pas une porte de sortie, mais d’entrée. Je me réfugiais dans le seul endroit qui me restait…. A l’intérieur de moi. Au plus profond. La porte s’est scellée après mon entrée, je ne pouvais plus faire marche arrière et c’était tant mieux. J’ai aussi clos les fenêtres de mon être, tournés tous mes sens vers l’intérieur. Je m’étais enfermée en moi, comme en une coquille hermétique, loin des dangers du dehors. Repliée en position fœtale, il y avait bien longtemps que je ne m’étais sentie aussi sereine et lègère. Tout est calme autour de moi…plus de voix, plus de visages, plus de terreur. Je répète ma phrase comme une incantation, comme une supplication. Je suis en sécurité… Je suis en sécurité… Je suis en sécurité…….
Parce que si elle retrouve le chemin jusqu'à moi....
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INFECTION

AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR : Le narrateur de l'histoire suivante tient des propos violemment racistes. Je tiens à rappeler que, même si le texte est écrit à la première personne, il faut bien faire la différence entre l'auteur et le personnage. L'auteur, lui, déteste le racisme...
Voila, cette fois ils m’ont eu avec leurs maladies exotiques…L’irruption est apparue sur mes mains, juste après que cette foutue négrillone m’a touchée. Ils étaient quatre ou cinq petits noirs à jouer dans l’entrée de l’immeuble, en y laissant leurs postillons, la trace de leurs mains, de leurs pieds, tous ces miasmes du tiers-monde qui nous envahissent ! Quand j’ai voulu les chasser du hall ils se sont mis à se moquer de moi et m’ont entouré. Ils ont beau avoir trois ou quatre ans, ils se sentent déjà en pays conquis, et l’homme blanc que je suis les fait rire ! Ils chantaient « Monsieur il pas ses gants, Monsieur il a pas ses gants ! » Hélas ! J’ai toujours mes gants quand je sors mais là il faisait trop chaud. Erreur d’autant plus fatale que l’été les germes se multiplient, j’ai l’impression de les voir grouiller partout, comme grouillent tous ces bronzés vecteurs d’infection, ces cafards qui courent sur les murs, ces pigeons qui chient partout…La guerre bactériologique est déjà commencée, et l’Europe est en train de la perdre ! Enfin bref la petite fille a attrapé mes mains pour tenter de m’entraîner dans une danse tribale, je ai vite retiré mais trop tard… Je suis un de derniers français de ce bâtiment, les autres sont tous des noirs et des marrons. Il y avait un autre blanc à l’étage au dessus, mais il est mort l’année dernière. D’une hépatite à ce qu’on dit, tu parles, elle a bon dos l’hépatite ! On n’a jamais vraiment su, je parierais plutôt pour une de ces saletés de microbes ramenés dans les valises d’outre méditerranée… Le lendemain, les plaques sont sorties, ma peau se granulait. Jusqu’à présent j’avais réussi à me protéger au maximum. Depuis que je ne travaille plus, je ne sors pratiquement plus. Quand je suis obligé de la faire, je change de vétements dans le couloir, je ne porte jamais chez moi les affaires amenées dehors. Je ne fais pas de courses dans le quartier, trop de germes qui circulent, avec ces gens-là qui crachent par terre, qui pissent n’importe où, ces gens qui vont aller tripoter la marchandise au supermarché, postillonner sur l’étal du boucher, et bien sûr je ne parle même pas des commerces qui sont de plus en plus tenus par des arabes ! Autant aller directement manger sur le plateau des malades en service infectieux ! Je n’achète que sous cellophane, dans les quartiers français. J’ai téléphoné au docteur Roger le lendemain, il m’a dit qu’il était surbooké en ce moment et qu’après il partait en vacances, ce connard ! Il m’a proposé son remplaçant, le « Docteur » Benslimane ! Tiens, compte là-dessus pour aller le voir, celui là ! Et comme j’insistais il m’a encore dit que ça ne devait pas être grave, que je me faisais plein de film à propos des microbes, etc… Je connais ce discours, tu parles ! J’avais pas dormi de la nuit, je sentais cette saleté qui me rongeait comme toute cette souillure qui ronge la France, qui nous ramène l’héroïne et le SIDA…Tiens ,le SIDA, ça viens bien d’Afrique, quand même ? Et tous ces médecins pleins aux as avec des noms en « stein » qui veulent nous faire croire que c’est pas si contagieux, que ça se passe que par le sang et le sperme et que c’est pas la faute à ces nègres, ni aux Mouloud et aux Mohamed qui trafiquent dans la cité, ni de tous ces pédés parisiens qu’on voit de plus en plus à la télé…Mensonge, bourrage de crâne, on nous cache les vrais chiffres, la progression de l’infection, et on protège les drogués qui pullulent en semant leurs seringues partout. Alors quand j’entends le ministre qui veut nettoyer les banlieues au Karcher, ce rigolo avec son nom étranger qui sait que causer, je rigole ! C’est pas par l’eau, c’est par le feu qu’il faut purifier tout ça ! Et puis la peau de mes mains à commencé à se desquamer. A défaut d’un vrai toubib, je les ai montrées au pharmacien. Il m’a dit que ça ressemblait à une allergie et sous prétexte que je me suis passé les mains à l’eau de javel après avoir été touché par la négrillone, il en a déduit que ça devait être une allergie à l’eau de javel. Il se fout de moi ! Personne ne se rend compte de la gravité de l’infection. J’ai de mains de lépreux, ça me dégoûte ! Et eux, ceux qui m’ont contaminés, ils rigolent bien. Les gamins passent leurs journées à gueuler sous mes fenêtres, les adultes mettent à fond leur musique de sauvage, comme un chant de victoire de me savoir atteint ! Mon sang charrie des microbes nègres, je les imagine suivre ma circulation sur des pirogues microscopiques pour attaquer chacune de mes cellules comme autant de villages à brûler, les violer comme autant de femmes blanches, enfantant des tas de petits bâtards qui se multiplieront dans mon corps. Lequel de mes organes va céder en premier ? Mon cœur, mes reins, mon foie ? Dans quelques temps je ne serai plus qu’une masse retournant à l’informe, un bouillon de culture qui nourrira des milliers de micro-organismes, qui eux-mêmes répandrons l’épidémie ! Mais je ne finirai pas comme ça. L’invasion ne passera pas par moi. Il est minuit et dans l’immeuble, les vermines dorment en famille. Moi, avec des chaînes et des cadenas, j’ai bloqué toutes les issues. J’ai répandu l’essence dans le hall et je sors mes allumettes. Seul le feu peut éliminer l’infection ! |
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Un texte de Fleur: LA MORT BLANCHE

Une boule...une boule faite d'un enchevêtrement de corps vivants,tous identiques...blanc laiteux.. Des bras et des jambes d'une longueur invraisemblables,très utiles pour pouvoir s'accrocher les uns aux autres...très utile pour s'enfoncer profondément et définitivement dans la chair chaude,humide et encore palpitante de vie, de la cible nourricière.ffice ffice" />
Pas une seule partie de leur corps lisses qui ne soit en contact avec le corps de celui qui se trouve a coté,au dessus,au dessous,devant ou derrière lui.. Subtil réseau qui permet le développement de la boule..chacun nourrissant l'autre par l'intermédiaire de ses attaches. Pas de vie individuelle..sauf pour "l'Élu"..qu'on ne connaît pas encore et qui aura comme mission d'aller coloniser,sucer,aspirer,se multiplier a l'infini,j'usqu'a tuer inexorablement une autre cible. Une vie sociale démoniaque dont le seul but est la survie de la boule,le plus longtemps possible,au dépens de la vie jeune et pratiquement sans défense qu'elle vampirise.
La Vie essayait bien de se défendre! les soldats a son service se démenaient..se sacrifiaient..en vain. Une puissance supérieure avait même envoyé des renforts!..des milliers de soldats kamikazes,bourrés d'explosifs et d'armes chimiques redoutables! Oh!...ils avaient bien reussi a affaiblir la boule..tuant quelques individus..et la Vie reprenait espoir..Elle se sentait mieux..Elle avait même décidé d'améliorer sa qualité de vie.Elle vivrait moins dangereusement d'orenavant..plus de paradis artificiels!!!..et..Elle mangerait BIO!!..moins de boulot..moins de stress..ça devais marcher!..ça allait marcher!!! Elle en était sure..Le "bien" triomphe du "mal"..et elle était le "bien"...Elle ne serait plus une cible idéale pour la mort blanche qui rodait..
Dérisoire Illusion...
La boule avait été affaiblie..elle n'aimait pas ça..
Les puissances supérieures se reposaient sur leurs Lauriers..Normal!! La guerre chimique est imparable disaient-ils! Nos soldats spécifiquement formés pour ce genre de guerre sont l'élite!!..la creme des crèmes..rien ne leur résiste..
Ils se sont sacrifiés pour vous!..vous devez en retour sacrifier ce sein qui est devenu votre pire ennemi..et qui cache peut etre encore..profondément tapi dans sa chair un etre blanc laiteux en hibernation.. Vous comprenez Madame??...un seul etre suffit...un seul... .Un sein ..ce n'est rien!!..on peut vivre sans..arrêtez de pleurnicher!..je vous offre la Vie... Bien sur..je m'en remets a vous..merci Gourou...
La mort blanche avait changé de tactique..il fallait former un etre.."L'Élu"..celui qui partirait,abandonnant ses frères,a la recherche d'un coin sombre..accueillant,pour y fonder une nouvelle société sans scrupules,pillant et détruisant cette terre vierge jusqu'a la laisser vide..stérile et..sans Vie...
La boule avait été arrachée..toujours accrochée au morceau de chair qui la nourrissait. Elle avait fini sa vie dans un bocal de formol avec d'autre boules malchanceuses..mais peu importait.. Elles avait toutes formé des Elus..qui gonflés du patrimoine génétique de la boule s'étaient sournoisement faufilés dans la circulation sanguine..se laissant porter loin..très loin..là où la nourriture était abondante...là ..dans ce nid accueillant..où la vie donnait la vie...là..où la vie en abritait déjà une autre...
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L'amante du lac-2

Lorsque je me réveillais, le lendemain, je réalisais vite que je n’étais pas dans la chambre que je partageais avec Pauline et Marie, et que j’étais en état de péché mortel. J’avais suffisamment entendu de sermons pour savoir que quelques secondes de consentement à une simple pensée impure pouvait me valoir l’enfer éternel, et j’avais consentie à bien plus qu’à des pensées, la veille ! Dans ce palais, pas prêtre pour me confesser ! Je n’eu pas le temps de beaucoup plus y réfléchir, car ffice:smarttags" />la Dame se réveilla, et sa peau glissa sur la mienne, sa jambe entre les miennes, et son sexe sur le mien. Et je capitulais à nouveau, tandis que le frottement de nos clitoris (Je ne savais même pas ce que c’était, à l’époque…) m’enflammait comme de l’étoupe. Ce n’est qu’après que je lui confiais mes remords, ce qui la fit éclater de rire !ffice ffice" />
- Ainsi donc, ton créateur t’a donné le désir et pas le droit de l’assouvir ! Je ne comprendrai jamais les conceptions des humains ! Quand à l’âme immortelle, que je sache, je n’en possède pas. Je vivrai tant que je n’aurai pas été tuée, et alors je retournerai à la Mère des eaux, je me dissoudrai en elle, et n’aurai aucun compte à rendre !
Je vécu dans ce palais, loin des miens que je pleurais toujours. Il y avait deux filles en moi. Une qui priait tous les jours pour demander à Dieu le pardon de ses débauches et la force d’y résister, l’autre qui attendait fébrilement le moment où elle se livrerait à nouveau audites débauches, à ces plaisirs si intenses qu’elle découvrait. Celle ci prenait immanquablement le dessus lorsque la Dame me touchait, et l’autre quand la deuxième était provisoirement assouvie. Je prenais aussi le goût à rester nue, et même à sentir les odeurs qui montaient de moi après l’amour.
Quelquefois la Dame s’éloignait, vaquait à de mystérieuses occupations et me laissait seule une heure ou deux. J’avais vite pris l’habitude alors de me rendre dans la pièce où j’étais arrivée, devant le miroir. Lorsque je le fixais quelques instants, les images des rives du lac y apparaissaient. Souvent elles étaient désertes. Une fois cependant, j’y vis s’y promener la vieille Aglaé, une voisine. Je l’appelais. Elle regarda autour d’elle, puis s’enfuit, sans doute persuadée d’avoir affaire à mon fantôme. Cela me confirma que l’on m’entendait à travers le miroir, puisqu’il était un passage entre les deux mondes.
La Dame me paraissait bien loin de moi; elle n’avait aucun sens du péché, voire aucun sens du bien et du mal. Elle ignorait ce qu’étaient les liens familiaux. Mais d’autre part, elle qui avait été si froide se montrait beaucoup plus affectueuse. Elle me couvrait de cadeaux : Robes somptueuses, parfums, bijoux dignes d’une reine ! Elle me demandait si je l’aimais, désormais. Je lui répondais que je ne pouvais m’y forcer, que j’étais sa prisonnière et aucun présent ne remplacerait mon retour dans ma famille. Elle entrouvrait alors mes vêtements, y glissait ses mains, et je la laissais faire.
- Tu ne m’aimes pas, mais tes seins se dressent quand j’y porte ma bouche et ton petit con se fait fontaine sous le jeu de mes doigts…
Elle joignait le geste à la parole et n’avais rien à répondre à cela, sinon mes gémissements. Ma conscience morale la rejetait mais mon corps la réclamait…
Je ne savais depuis combien de temps j’étais dans ma cage dorée. Rien n’y marquait le temps, pas de travaux et on n’y célébrait pas le jour du seigneur, ni les fêtes catholiques.
Je crus que la vie allait recommencer ce jour où, observant le miroir, mon cœur fit un grand bond dans ma poitrine. Constant se tenait sur les bords du lac de Fourneuil. Il était sans doute en permission, car il portait son uniforme, un peu défraîchi, rapiécé par endroit. Lui-même avait l’air plus mûr, plus sombre aussi. Il regardait fixement les eaux où j’avais disparue, perdu dans ses pensées. Je me collais contre la glace en criant son nom.
- Constant ! Je suis prisonnière du Lac ! Tu m’entends ?
- Julie ! Je t’entends et je te vois, cousine ! Tu m’apparais comme un reflet sur l’eau !
J’avais depuis longtemps réfléchi à la situation. Ce miroir était une porte de communication entre le pays de la Dame et le mien. Le passage fonctionnait donc dans les deux sens, sauf pour moi. La formule « Dame du lac, prends la plus belle… » M’empêchait de revenir. Mais quelqu’un d’autre, assez courageux pour tenter l’aventure, pourrait faire l’allée et le retour. Et à qui pouvais-je penser, sinon à mon héroïque cousin ?
- Viens vers moi Constant, tu peux peut-être me rejoindre !
Je le vis faire un pas en avant et…ses bras sortirent du miroir. Je les empoignais et le tirait. L’instant d’après, Il était là, avec moi, et me serrait dans ses bras, chose qu’il n’avait jamais faite jusque là.
- Je t’ai retrouvée, je ne te laisserai plus…
Malgré mon émotion, m’embrouillant dans les mots, j’essayais de lui raconter ce qui était arrivé. Bien sûr je ne lui parlais pas du type de relation que j’avais avec la maîtresse des lieux…Il ne put même pas me répondre, une voix retentit derrière nous.
- Petite catin ! Je t’ai choyée, donné tout ce que je pouvais et tu me trahis !
La Dame était à la porte, nous observant. Constant sortit son sabre et le brandit vers elle. Elle rit et n’eut qu’à lever la main. Mon cousin s’immobilisa, son corps pris la couleur des murs minéraux, aux particules scintillantes. Elle l’avait changé en statue, figé dans son attitude de soldat chargeant l’ennemi.
- N’est il pas beau comme ça ? Je le mettrais dans le jardin, au milieu des fleurs et des sources, et les oiseaux viendront s’y percher…
Je tombais à genoux, je la suppliais. Qu’elle lui rende la vie, qu’elle l’épargne, mon cousin était bon et jeune, elle ne pouvait être si cruelle.
Elle restait silencieuse.
Si elle m’aimait, continuais-je qu’elle le laisse repartir. Je resterai avec elle. Je ne la trahirai plus. Elle qui avait été si généreuse avec moi, je ne lui demandais qu’une chose; la vie de Constant et sa liberté. Fixés sur moi, ses yeux verts exprimaient la perplexité. Elle parla enfin. D’un ton que je ne lui connaissait pas. Grave et triste.
- J’ai bien compris, tu ne m’aimeras jamais. Ta place n’est pas ici. Ici il n’y a de place que pour moi et ma solitude.
Elle releva la main et Constant redevint vivant.
- Je vais te la rendre. A une condition.
- laquelle, sorcière ? Bredouilla Constant, entre la terreur et la colère.
Elle se mit à genoux, dégrafa le haut de sa robe. Mon cousin la regardait, subjugué par sa poitrine ferme et rebondie qu’elle avait ainsi dénudée. Elle arrangea sa chevelure pour découvrir son cou.
- Ton arme contient du fer, une substance qui peut me tuer ceux de mon espèce. Donne moi la mort, et la délivrance de cette vie sans compagnie. Je ne peux plus espérer attirer une autre fille, qui ne pourra de toute façon me donner ce à quoi j’aspirais. Toi Julie, mon emprise sera levée des l’instant de mon trépas et tu pourra rentrer chez toi avec lui, puisque lui t’a conquise.
A mon tour j’étais muette, partagée par des sentiments contradictoires. Constant ne savait que dire.
- Je suis un soldat. J’ai combattu les armées coalisées contre l’empire, mais ne peux tuer froidement une femme à terre…
La voix de la Dame exprima alors la rage.
- Alors elle sera à moi pour toujours. Et tu sais ce que je fais d’elle ? Je l’oblige à partager ma couche. J’en use comme d’un garçon !
Elle se précipita sur moi et m’embrassa sur la bouche. Avec un cri sourd, Constant l’arracha à moi en la tirant par les cheveux. Il abattit son sabre et la tête de celle qui avait été mon amante roula par terre. Je hurlais.
Elle était coupé en deux mais ne saignait pas. Sur son visage un sourire était figé. Elle se mit soudain à se liquéfier, ses formes s’effaçaient et elle se répandait en une flaque d’eau verdâtre. L’eau coulait aussi à flot sur les murs qui se désagrégeaient. Sous nos pieds, le sol de pierre se transformait en boue. Tout le palais retournait à l’élément liquide. Je pris la main de Constant et l’entraînait vers le miroir. Sans réfléchir nous sautâmes au travers. Je me retrouvais avec lui, sur les bords du lac. J’étais de retour dans mon monde.
Inutile de détailler ce qui suivi immédiatement, le mélange de joie et de perplexité de ma famille qui me croyait perdue. Heureusement mes sœurs m’avaient vues emportées sous l’eau, sinon on m’aurait crue revenue d’une fugue. Ma mère remerciait le ciel aussi dévotement qu’elle avait prié et brûlé des cierges pour moi, elle se promit de faire graver un ex-voto à La Vierge. Mon premier souhait était de voir un prêtre, Constant m’accompagne chez le père Boudart, curé de la paroisse, pour témoigner de ce qu’il avait vu. Le prêtre s’épongea plusieurs fois le visage pendant notre récit. Il connaissait des récits sur ce genre de créatures, mais ne les considéraient jusqu’alors que comme des légendes païennes. Il m’entendit ensuite en confession, et je ne lui cachais rien. Cette Dame, me dit-il, était un être démoniaque, qui non seulement elle était sans âme, mais m’avait entraînée dans d’abominables relations contre-nature, qui appelaient la colère du ciel. Je devais remercier la providence de m’en avoir sauvée, malgré la complaisance que j’avais eue à pécher. J’étais passée très prés de la perdition. J’aurais dû normalement accueillir avec humilité les paroles de mon confesseur, et pourtant je ne pouvais condamner la Dame. Je lui en avais voulu de m’avoir retenue prisonnière, mais pas de ses caresses.
L’ordre de mon monde n’était pas immuable, je le réalisais. L’empereur était vaincu et les Bourbon revenaient sur le trône. Pauline nous quitta pour se marier. Et à l’automne suivant, j’épousais Constant. Le père Boudart avait conseillé d’hâter ce mariage, malgré mon jeune âge et des fiançailles courtes, en raison de ce dont je m’accusais en confessions. Je me réveillais régulièrement l’entrejambe inondé, les seins durs, d’avoir rêvé de La Dame. Avec elle j’avais découvert le plaisir et plus rien ne serait pareil. Un feu me dévorait souvent, même en pleine journée, et la récitation du chapelet ne pouvait le calmer. Mon confesseur citait le premier épître de St Paul aux corinthiens: « pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. »…« Car il vaut mieux se marier que de brûler. »
Lorsque Constant et moi nous retrouvâmes, le soir de notre mariage, il retroussa ma chemise de nuit et, retroussant la sienne, me pénétra. J’eu mal et je saignais, je savais que ça se passait comme ça la première fois. Mais par la suite, il avait beau me transpercer de son membre, je ne ressentais rien. Etendue sous lui, j’attendais juste qu’il cesse de s’agiter en moi et m’arrose de sa semence. Ses caresses rapides n’avaient rien des gestes habiles et affolants de La Dame. Il ne touchait pas mon clitoris et je crois qu’il en ignorait l’existence. Mes seins ne l’intéressaient pas, jamais il ne m’ôta ma chemise pour me prendre. Certes il m’aimait, mais depuis sa démobilisation il avait ouvert une taverne où se réunissaient les anciens soldats impériaux et je restais seule à la maison. Je pensais à la solitude de la dame, tellement plus longue et radicale que la mienne. Et comme je pensais à elle, il me revenait aussi le souvenir de sa bouche suçant mes tétons durcis, puis qui descendait le long de mon corps en le mordillant au passage, de ses mains qui caressaient mes fesses tandis que sa langue…A ce moment là je ne pouvait plus broder. Je lassais mon ouvrage et ma main passait sous ma jupe, pour m’amener le soulagement. Le père Boudart me dit alors que j’étais malade, que l’onanisme, non seulement privait mon âme de la grâce, mais allait faire pourrir mon corps en épuisant sa vitalité. Mais je ne cessais pas. Je ne croyais plus que ce que les joies charnelles que j’avais connues, et dont j’étais privée, était des péchés. Je n’allais plus à confesse. J’avais épousé Constant, et j’étais toujours malheureuse.
L’été revint encore et je retournais, seule, au bord du lac, au coucher du soleil. Je maudissais ce Dimanche où tout avait commencé. Mais en même temps, aurais-je su ce qu’était le plaisir sans mon enlèvement ? Et est-ce que je devais regretter de le savoir ? Un lourd chagrin m’envahissait, lorsque je vis une lumière verte qui avançait sur l’eau, dans ma direction. Elle arriva jusqu ‘à moi et j’y aperçu une silhouette connue…puis elle disparue. Je revenais plusieurs soirs d’affilée, chaque fois la lumière m’apparu, et la silhouette. Elle restait une minute où deux, semblant attendre avant de s’évanouir. Contrairement à ce qu’elle pensait, il existait donc une forme de survie pour La Dame, et elle m’appelait, je le savais.
Et ce soir me voila à nouveau devant le lac. Mais cette fois j’ai longé les rives, jusqu’à l’endroit où elles forment un promontoire. Je me suis déshabillée entièrement et, dans la brise tiède du soir, je me suis caressée une dernière fois en pensant à toi. Le soleil est derrière l’horizon et je vois ta lueur, tu viens jusqu’en dessous de moi, là où l’eau est la plus profonde. Cette fois je vois plus précisément ton image dans la lumière, tes cheveux flottant autour de ton corps aussi nu que le mien. Maintenant je sais ce que je veux.
Tu ne seras plus seule désormais, et moi non plus. Je vais te rejoindre.
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L'amante du lac-1

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Ce soir je me tiens à nouveau sur les rives du lac de Fourneuil. Devant ce paysage si calme, ces eaux lisses que le soleil couchant teinte de pourpre, j’entends un envol d’oiseaux au dessus de moi. Leur cri me parait mélancolique comme le souvenir d’une époque heureuse, avant que tout commence sur le bord de ce même lac, un soir d’été comme celui-ci. J’étais loin d’imaginer alors ce qui allait advenir. J’avais seize ans. J’ai conscience de parler comme une vieillarde alors que je suis une jeune femme, mais je me sens usée.
A l’époque ma vie était joyeuse, nous étions une famille aimante, simple mais pas pauvre. Le monde était clair, chaque chose y avait sa place, harmonieusement établie et je croyais qu’il en serait toujours ainsi. Notre empereur combattait au loin et Constant, mon cousin de vingt ans, était dans ses rangs. Je l’avais vu avant son départ, si beau et fort, sanglé dans son uniforme de hussard avec ses bottes luisantes, son shako sur la tête et son sabre au coté, que je ne réalisais même pas qu’il allait risquer sa vie. Je ne pouvais qu’être fière et admirative devant lui.
J’étais la plus jeune des trois filles. Si pour certains c’est une position difficile à vivre, moi au contraire j’étais choyée par mes deux sœurs, qui étaient pour moi deux mères de plus. Nous étions un chaud dimanche d’août et après la messe et le repas familial, nous avions passées l’après-midi à nous promener dans la campagne environnante, riant, discutant de nos futurs mariages. Pauline, l’aînée, était fiancée, Marie était courtisée et moi, sans le dire, je pensais à Constant. Le soir, la tête pleine de rêves romantiques, nous nous trouvâmes sur les bords du lac. Pour nous rafraîchir nous avions quittées nos souliers et, retroussant un peu nos jupes, nous trempions nos pieds dans l’eau. Bien sur connaissions la légende de la dame du lac, les vieilles du coin nous l’avaient maintes fois racontée. Si l’on répétait trois fois « Dame du lac, prends la plus belle d’entre nous », notre demande serait exaucée. La plus belle serait ainsi désignée, mais pour son malheur, enlevée sous les eaux. Evidement, on nous avait assez répété que tout ceci étaient des superstitions en lesquelles de bonnes chrétiennes instruites comme nous ne sauraient croire. Nous nous amusions à nous quereller pour savoir qui de nous trois prendrait la mystérieuse dame.
- Il suffit de lui demander, dit alors en riant Pauline. Dame du lac, prends la plus belle d’entre nous !
Entrant dans le jeu, Marie dit la même chose. Alors moi-même, ravie de la plaisanterie, je répétais :
- Dame du lac, prend la plus belle d’entre nous !
Soudain le sol s’ouvrit sous mes pieds et je tombais dans un grand puit noir. J’entendis les cris de mes sœurs mais je ne savais pas ce qui m’arrivais ; j’avais un instant avant de l’eau à peine plus haut que mes chevilles. Et là, je m’enfonçais profondément mais sans être mouillée ! Et je ne tombais pas droit, comme l’auraient voulues les lois de la pesanteur. Il me semblait que je tournais comme une feuille, je n’étais même plus sure du haut et du bas, ni du temps que dura la chute. Je retrouvais, toujours sèche, sur un sol minéral. J’étais dans une sorte de grotte aménagée comme un palais. Une grande pièce creusée dans la roche, ornée de draperies précieuses brodées de motifs fantastiques : entrelacs, figures animales stylisées, et de meubles de bois sculptés de même inspiration. La lumière provenait de multiples petites sphères accrochées un peu partout, contenant une flamme dansante, qui scintillait sur les parois et se réfléchissait dans les pierreries multicolores qui incrustaient les murs. Une femme se tenait devant moi, la plus belle que j’ai jamais vue. Elle portait une robe verte que je trouvais bien indécente, même si elle lui descendait aux pieds : proche de son corps, elle en révélait toutes les formes parfaites. Son visage semblait de porcelaine, pâle et finement sculpté. Ses épais cheveux noirs lui tombaient jusqu’à ses hanches pleines. Elle me considérait de ses grands yeux, verts aussi, et la majesté qui émanait d’elle était semblable à celle que j’imaginais émaner de l’Empereur lui-même.
Si je m’étais trouvée devant l’Empereur, je me serais jetée à ses pieds (on nous avait appris qu’il était le représentant de Dieu au temporel), je lui aurais dit qu’un de mes cousins était hussard dans sa grande armée. Mais devant cette dame inconnue tout aussi impressionnante, alors que j’étais déjà par terre, je ne pus que me recroqueviller en la suppliant de ne pas me faire de mal.
- Relève toi, dit-elle. Je ne ferai aucun mal. Je suis ffice:smarttags" />la Dame du lac.
Derrière moi, j’entendais pleurer et en me retournant, je vis un grand miroir contre le mur. Il ne reflétait pas la pièce mais l’image de mes soeurs, au bord du lac, se lamentant sur ma disparition. Je criais leurs prénoms.
- Julie ! Dit alors Pauline. Tu as entendu, Marie ? C’est elle, elle nous appelle !
Elles m’entendaient. Je me précipitais sur le miroir, car je comprenais que c’était par son intermédiaire que j’étais arrivée là. Mais je me heurtais à la surface polie, et je n’y vis plus que mon image.
- Trop tard, me dis la Dame. Tu as prononcé le charme qui t’a liée à moi, et moi seule pourrais t’en défaire. Mais je ne le veux pas. Le chemin du retour t’est fermé.
- Que voulez vous de moi ?
- Te garder prés de moi, comme dame de compagnie.
Je fondais en larmes
- Je ne veux pas rester ici, je veux retrouver mes parents et mes sœurs.
L’expression de la dame se durcit.
- Je ne t’ai pas enlevée, tu savais ce que tu risquais en prononçant la formule. Tu te crois si malheureuse ? Regarde moi. J’ai été crée bien avant ta race, lorsque les éléments se sont séparés du chaos originel. Il n’y avait que mes semblables, les filles et fils des eaux, les gnomes de la terre, les sylphes dans l’air et les salamandres dans le cœur des volcans et le feu du ciel. Après nous sont venus les végétaux, puis les animaux, puis bien plus tard l’humanité. Au début nous étions vos dieux, nous étions craint et on nous demandait la protection. Et puis les villes sont apparues, emprisonnant les éléments. De nouveaux dieux nous on chassés. Notre race diminue. Et moi, entourée par les hommes, par les prières à ces dieux étrangers, je suis prisonnière de ce lac. Depuis des siècles, je vis seule, avec juste mes esprits familiers. Ho ! Ce sont de bons serviteurs mais inférieurs, qui ne constituent pas une présence. Plus personne ne partage ma vie depuis longtemps. Aujourd’hui je t’ai, et tu vivras avec moi. Une Dame du lac vaut bien plus que tes parents et tes sœurs.
- Mais je les aime ! L’avenir se refermait. J’étais prisonnière de cette créature elle-même prisonnière…
- Tu apprendras à m’aimer ! Viens. Je vais te montrer tout ce que tu posséderas avec moi.
J’avais très peur et je la suivais sans discuter. Les petites sphères lumineuses nous accompagnaient en voletant autour de nous. J’appris plus tard qu’elles faisaient partie des esprits servant dont la Dame m’avait parlé. Nous traversâmes de longs couloirs, des salles aux fenêtres garnies de vitraux colorés déclinant toutes le nuances de vert et de bleu, pour enfin sortir dans un grand jardin ou fleurs et arbres s’inclinaient devant la maîtresse des lieux, à son passage.
- Ils te salueront aussi, ma dame de compagnie ! dit-elle.
Ce que je ressentis alors est difficile à décrire, mais en regardant chaque fleur, je percevais, en même temps que sa couleur chatoyante, un son harmonieux et un parfum délicat. Le jardin, dans son ensemble, formait une mélodie à la fois sonore, visuelle et olfactive. Fascinée, j’en oubliais un instant ma peur et mon chagrin. Au dessus de nous, le ciel était vert, agité de rides comme la surface du lac. Aucun soleil n’était visible, mais il s’assombrissait à l’est.
- Sommes nous sous le lac ? Demandais-je ?
- Nous sommes dans un monde qui coexiste avec le lac. Il existe quelques passages, comme celui par lequel tu es arrivée.
Ma situation me revint en tête, et je pleurais à nouveau. La nuit tombait, mais les fleurs restaient visibles, éclairées d’une luminosité intérieure.
- Allons, viens, lança la dame. Tu as peut être faim.
Dans une salle à manger aux murs couverts de gemmes, de nombreux plats étaient posés devant moi, viandes, légumes, fruits et pâtisseries. Du vin surgissait dans des coupes de cristal. Mais je ne mangeais rien. Mon estomac était noué.
- Alors, il ne te reste plus qu’à aller te coucher !
J’aurais tant aimé que ce soit ma mère qui me dise ça…
La chambre où elle me conduisit semblait aussi sortir d’un conte de fée. Quatre piliers de jade, reliées par des voilages blancs, formaient les colonnes d’un grand lit couvert de coussins.
- Voila…Ne me dit pas que cette couche ne vaux pas la tienne !
Elle ne la valait pas, mais je ne dis rien. Alors la Dame, si hautaine jusque là, referma tendrement ses bras autour de moi. Son étreinte était douce, et me rappelait celle de ma mère. Cela faisait longtemps que ma mère ne me prenait plus dans ses bras. Aussi je m’y laissais aller, trouvant cela trés agréable. Une pensée un peu stupide me traversa l’esprit et je lui demandais si elle avait une chemise de nuit à me donner.
- Tu n’as donc jamais dormi toute nue ? Me glissa-t-elle en me serrant plus fort.
Non, je n’avais jamais dormi toute nue. Mais habillement elle me défit de ma robe, et fit sauter mon corsage. Je ne compris pas ce qu’elle faisait quand elle posa ses mains sur ma poitrine ainsi découverte. C’est là que mon corps me surprit par sa réaction. Je sentis mes seins gonfler, leurs pointes durcir sous la caresse. Toujours enfermés dans leur corset, mes seins étaient de ces parties du corps qu’une femme honnête ne touche jamais. J’ignorais qu’ils pouvaient provoquer une telle réaction, une si agréable chaleur ! Une chaleur qui augmenta encore quand la langue de La Dame pénétra ma bouche, tandis qu’une boule de feu descendait dans mon ventre. Elle fit tomber mes jupons et à ma grande honte, et à mon plus grand trouble, mes pantalons de dentelles. Sa robe glissa, et comme je le pensais, elle ne portait rien dessous. Je n’avais jamais vu de femme entièrement nue, même pas mes sœurs. Et voila que j’étais nue, dans les bras d’une femme tout aussi nue, qui me poussait sur le lit, couvrant ma peau de ses mains et de ses lèvres.
On m’avait parlé au catéchisme du péché d’impureté, qui devait être particulièrement horrible, puisqu’on ne nous donnait jamais de précisions à son sujet. Je comprenais pourtant très bien que c’était cela, « Des attouchements impurs ». Malgré tout, ces pensées restaient à la périphérie de mon être alors que j’étais emportée, que je gémissais, couchée sous ce corps qui m’avait vaincue sans combat. Quand elle m’écarta les jambes, je savais que j’aurais du les resserrer, qu’une chrétienne doit résister héroïquement à la débauche où je m’abîmais, prier Marie, les vierges et les martyrs. Mais sachant cela je m’ouvrais davantage à sa bouche sur mon sexe liquéfié, aux éclairs qui me traversaient au rythme de sa langue. J’étais ce que ma mère appelait une fille perdue, mais sur l’instant cette idée ne m’empêcha pas de m’abandonner en criant. Sans me laisser souffler, elle saisit ma tête et la dirigea vers son ventre. Nouvelle surprise, je pris plaisir à lécher son intimité, chose qui m’aurait paru la veille dégoûtante et insensée. Voila comment s’acheva ma première soirée chez la Dame du lac. Brisée, je m’endormais dans ses bras.
( A suivre...)
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